Victimes d’inceste : plus de 16 000 témoignages reçus en un an

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Publié le 21/09/2022 08:19:14

Un an après avoir lancé un appel à témoignages, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a recueilli plus de 16 000 témoignages de victimes. Longtemps après les faits, leur souffrance reste « présente et vive ». Il faut débloquer des moyens pour prévenir et réparer, soulignent les membres de la Commission.

Il y a un an, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) lançait un appel à témoignages à destination des femmes et des hommes victimes de violences sexuelles durant leur enfance.

Un an plus tard, la commission a reçu 16 414 témoignages de victimes, par téléphone (1), par écrit (2) ou lors de réunions publiques. Une majorité de femmes, âgées en moyenne de 44 ans. Ces témoins étaient 9000 en mars, preuve que le flot de victimes qui se manifestent ne se tarit pas. Cela signifie aussi que ces personnes nous font confiance, souligne Nathalie Mathieu, co-présidente de la Commission. En France, une personne sur dix a été victime de violences sexuelles avant leur majorité, soit 5,5 millions d’hommes et de femmes.

J’ai pris perpétuité à 8 ans​, a dit l’une d’elles. Je n’arrive pas à être dans mon corps. Je ne suis pas là, en fait. Je suis à côté. Comme si j’étais morte intérieurement​, a rapporté une autre. Les violences sont souvent anciennes mais la souffrance reste présente et vive ​au moment où les personnes témoignent, soulignent les auteurs de la commission, qui ont analysé les questionnaires et les mails. Dépressions, tentatives de suicide, addictions, conduites d’évitement, troubles alimentaires,… Je n’ai eu de cesse que de masquer mon corps, avec des vêtements trop grands, avec de la graisse, pour ne plus être une proie, pour ne plus être vue​, a confié une autre victime.

Les violences sexuelles vécues dans l’enfance ont aussi une incidence sur la vie de famille, le travail, et encore sur la vie sexuelle des victimes. Je vomissais à chaque rapport sexuel, je dormais en chien de fusil, il ne fallait pas me toucher après l’amour. Pas de câlins. J’avais peur la nuit. J’étouffais​, a témoigné une autre personne. Quatre femmes sur dix rapportent des douleurs, principalement du vaginisme. Un homme sur trois des troubles de l’érection. Et plus de trois victimes sur dix rapportent une absence, une baisse de libido ou une absence de vie sexuelle. Beaucoup de femmes n’ont aussi pas pu avoir d’enfants.

À l’occasion du débat budgétaire qui approche à l’Assemblée nationale, la Commission insiste sur la nécessité d’allouer des moyens supplémentaires pour prévenir ces violences et aider les victimes à se soigner. Rien d’insurmontable​, dit la co-présidente de la Ciivise, Nathalie Mathieu, qui se montre assez confiante ​sur le déblocage de nouveaux moyens.

Cinq des vingt mesures préconisées en mars dernier dans un premier avis sont mises en avant. Notamment la nécessité d’organiser un dépistage systématique de ces violences sexuelles, par des professionnels formés. 160 000 enfants sont encore victimes chaque année. Les enfants, les adolescents qu’on ne dépiste pas aujourd’hui seront dans vingt, trente ans, les mêmes personnes que nous auditionnons aujourd’hui​, prévient Nathalie Mathieu.

Crédits image et texte : Ouest France©
Source : https://www.ouest-france.fr/societe/faits-divers/inceste/victimes-d-inceste-plus-de-16-000-temoignages-recus-en-un-an-4aea0a9e-38d7-11ed-8b3d-3215396223a4