Saint-Malo. « Des femmes crèvent qu’on ne leur demande jamais si elles sont victimes de violences »

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Publié le 24/11/2022 07:06:12

Depuis 2015, un dispositif de lutte contre les violences faites aux femmes est né à l’hôpital de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) et Dinan (Côtes-d’Armor) pour identifier et orienter les victimes. Sept ans plus tard, 800 femmes ont été reçues.

Le groupement hospitalier de Saint-Malo – Dinan a été précurseur dans la lutte contre les violences faites aux femmes en mettant en place des consultations dédiées dès 2015. Environ 800 femmes ont été entendues grâce au travail de ces agents hospitaliers à Saint-Malo, Dinan et Dol. En cette journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, ils reviennent sur cette initiative.

Comment ce dispositif hospitalier dédié aux violences faites aux femmes est-il né ?

D’une envie et d’un déclic de personnels hospitaliers travaillant aux urgences de l’hôpital de Saint-Malo. « J’ai le souvenir d’une patiente sourde et muette arrivée aux urgences avec laquelle il était très difficile de communiquer. Nous nous sommes rapidement rendu compte qu’elle était victime de violences. J’ai pris conscience de l’iceberg du sujet et de mon inefficacité car je n’ai jamais été formé à cette problématique », se remémore le Dr Jean-François Bouet, urgentiste à Dinan.

Sa prise de conscience rencontre alors la volonté de travailler sur les violences faites aux femmes de Françoise Bargain, assistante au service social de l’hôpital de Saint-Malo. « Elle a semé une graine », reconnaît le médecin urgentiste qui a rassemblé autour d’eux un noyau de médecins et de membres du service social du groupement hospitalier Rance Émeraude.

Les premières consultations ont débuté en mars 2015. Aujourd’hui, l’équipe compte une quinzaine de personnes formées au sein de l’hôpital : des médecins, des infirmiers, des membres du service social, des urgences et du service pédopsychiatrie.

Comment suspecte-t-on qu’une patiente est victime de violences ?

Il y a des signes qui mettent la puce à l’oreille des soignants. « Une femme qui vient aux urgences une ou plusieurs fois pour des traumatismes, des douleurs au thorax ou à l’abdomen, une intoxication à l’alcool ou aux médicaments… Même aux urgences où nous disposons de peu de temps pour ausculter les patients, il y a des choses qui se dépistent facilement », observe le médecin urgentiste Didier Colin.

Mais surtout, les soignants des urgences ont pris le pli de poser systématiquement la question aux patientes qu’ils rencontrent. « Des femmes crèvent qu’on ne leur pose jamais la question. Mais surtout, on les croit », insiste le Dr Bouet. Les affiches du « violentomètre », une frise permettant d’évaluer la dangerosité d’une relation, posées dans les couloirs des urgences, aident aussi des femmes à se confier.

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Source : https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-malo-35400/saint-malo-des-femmes-crevent-qu-on-ne-leur-demande-jamais-si-elles-sont-victimes-de-violences-19915f3a-6b1b-11ed-a4bc-1fa2e638806c