Pédocriminalité dans l’Église : quels pays ont engagé un travail de transparence ?

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Publié le 05/11/2021 10:57:02

Plusieurs pays ont mis en place des instances chargées d’enquêter sur les agressions sexuelles commises par des membres du clergé sur des mineurs

Le rapport Sauvé en France

Après trois ans de recherches, notamment dans les archives, et de recueils de témoignages, une commission d’enquête dirigée par le haut-fonctionnaire Jean-Marc Sauvé révèle début octobre l’ampleur accablante des abus sexuels au sein de l’Église catholique.

Depuis 1950, elle estime qu’environ 216 000 mineurs ont fait l’objet de violences ou d’agressions sexuelles de la part de prêtres, diacres ou de religieux et religieuses. En ajoutant les personnes agressées par des laïcs travaillant pour l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse…), ce nombre grimpe à 330 000. Le rapport chiffre à environ 3 000 le nombre de prédateurs impliqués.

Le patron des évêques Mgr Éric de Moulins-Beaufort, qui a dit sa « honte » et son « effroi », doit dévoiler le 8 novembre à l’issue de leur conférence annuelle une première série de mesures très attendues, qu’il s’agisse de la reconnaissance de la responsabilité de l’institution ou de l’indemnisation des victimes.

Une commission en Australie

Après plusieurs scandales, une commission voulue par le gouvernement a enquêté de 2013 à 2017 au sein de l’Église et dans toutes les institutions s’occupant de mineurs (clubs de sport, écoles privées, orphelinats…).

Elle établit que c’est au sein des institutions religieuses que la majorité (58 %) des agressions ont été commises. Entre 1950 et 2010, 7 % des prêtres sont accusés d’avoir commis des actes pédocriminels. Entre 1980 et 2015, 4 444 cas d’abus sexuels ont été rapportés aux autorités de l’Église.

Cette commission a entendu le cardinal George Pell. Un temps très proche du pape, il avait été condamné et incarcéré en 2019 pour des viols et agressions sexuelles sur deux adolescents dans les années 1990, avant d’être acquitté l’an dernier au bénéfice du doute.

Un rapport accablant en Allemagne

Début juin, un des cardinaux les plus influents d’Allemagne, l’archevêque de Munich Reinhard Marx, remet sa démission au pape pour tirer les conséquences de l'« échec » de l’Église catholique dans « la catastrophe des abus sexuels ». Rejetée, sa demande reflète toutefois un profond malaise.

Un rapport accablant, rendu public en mars, révèle que des centaines de mineurs ont subi des violences sexuelles dans le diocèse de Cologne, le plus important du pays, entre 1975 et 2018, et que plusieurs responsables religieux se sont tus.

En 2018, plusieurs chercheurs universitaires, financés par l’Église mais sans accès aux archives, dressent un état des lieux alarmant : au moins 3 677 enfants ont été victimes en Allemagne de violences sexuelles entre 1946 et 2014, commises par 1 670 religieux, pour la plupart jamais condamnés.

L’Église allemande présente ses excuses en 2018 et multiplie les initiatives pour restaurer la confiance : nomination d’un responsable « prévention », numéro d’appel pour les victimes, financement de leur thérapie… Mais elle refuse encore une complète collaboration avec la justice, afin que les coupables puissent être jugés et les victimes dédommagées.

Une charte aux États-Unis

En 2002, le « Boston Globe » révèle des abus sexuels massifs sur des enfants dans le diocèse de Boston et leur dissimulation par la hiérarchie catholique. Un scandale raconté dans le film « Spotlight ».

Dans la foulée, la Conférence nationale des évêques américains adopte la « Charte de Dallas », contenant plusieurs mesures de protection. En 2004, une commission publie un rapport qui impose d’autres mesures pour tous les diocèses : signalements à la police, suspension des prêtres incriminés… En 2019, la Conférence des évêques renforce encore le système de signalement.

Selon des avocats spécialisés, plus de 11 000 plaintes ont été déposées aux États-Unis par des victimes de prêtres pédocriminels. Les diocèses ont versé des centaines de millions de dollars dans le cadre d’accords à l’amiable.

Plusieurs enquêtes ont été lancées par les procureurs pour faire la lumière sur des décennies d’agressions. En août 2018, l’une d’elles a révélé que plus de 300 « prêtres prédateurs » avaient commis des abus sur au moins 1 000 enfants pendant des décennies en Pennsylvanie (nord-est). Le scandale a forcé à la démission l’ex-archevêque de Pittsburgh, Donald Wuerl, qui aurait tenté d’étouffer ces affaires.

L'influent cardinal Theodore McCarrick a également été défroqué pour avoir agressé sexuellement un adolescent dans les années 1970.

Compensations financières en Irlande

En 2009, la Commission dirigée par le juge Sean Ryan, après neuf ans d’enquête sur les institutions liées à l’Église (écoles, orphelinats…), publie un rapport révélant une généralisation de la violence sexuelle, physique et psychologique contre les enfants depuis les années 1930.

Une autre commission, celle de la juge Yvonne Murphy, révèle en 2009 que les autorités catholiques du diocèse de Dublin ont dissimulé des violences sexuelles commises sur des enfants pendant plus de trois décennies. Plusieurs évêques irlandais ont démissionné et d’anciens prêtres ont été incarcérés.

Le gouvernement a mis en place un dispositif public de compensations financières pour une partie seulement des victimes, utilisé par plus de 14 500 personnes.

Crédits image et texte : Sud Ouest©
Source : https://www.sudouest.fr/societe/religion/pedocriminalite-dans-l-eglise-quels-pays-ont-mis-en-place-un-travail-de-transparence-6829471.php