Oise : en conflit avec sa voisine, il bombarde 106 fois sa maison avec des œufs et des billes de paintball

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Publié le 10/01/2023 05:30:00

Pour une sombre histoire de stationnement, ce contrôleur RATP de 52 ans a harcelé sa voisine, à La Chapelle-en-Serval, au point de déclencher 60 dépôts de plainte et d’altérer sérieusement la santé de sa victime. Il a été condamné ce lundi à 6 mois de prison avec sursis.

Un banal conflit de voisinage qui dégénère et on peut se retrouver devant le tribunal correctionnel de Senlis. Avec du côté de la victime, une habitante de La Chapelle-en-Serval, à bout de forces après quinze mois de harcèlement de la part de son voisin, traduit par 106 faits de dégradations, 60 plaintes, et un état de santé très dégradé qui fera craindre à plusieurs reprises un malaise lors de l’audience de ce lundi après-midi. De l’autre côté, le prévenu, Franck J., un colosse de 52 ans qui tente de faire bonne figure, s’exprime dans un français très châtié, mais qui dissimule mal une certaine arrogance qui va rapidement irriter les magistrats.

Depuis le mois de juillet 2021, la propriété de la victime, située rue de la mairie, à La Chapelle-en-Serval, est très régulièrement la cible de jets de projectiles en tout genre : des œufs le plus souvent, des cailloux, mais aussi des billes de peinture utilisées par les amateurs de paintball. L’invraisemblable répétition de ces jets d’objets sur la façade ou le toit de la maison, ou la voiture de la victime, conduit les gendarmes de la brigade d’Orry-la-Ville, a mené une enquête de voisinage dans laquelle Franck J. ne prend pas la peine de cacher son animosité à l’encontre de sa voisine d’en face.

«On peut bien lui jeter des veaux morts, je m’en fous»

« On peut bien lui jeter des veaux morts, je m’en fous ! » déclare Franck J. aux militaires, qui considèrent que celui qui est prêt à jeter un bœuf est sans doute capable de jeter un œuf. Une caméra est installée au domicile de la victime, sans résultat probant. Les gendarmes organisent à plusieurs reprises des planques dans la rue pour démasquer le lanceur d’œufs responsable de l’état de santé de la victime, désormais sous antidépresseurs. Et dans la nuit du 25 au 26 octobre dernier, une patrouille du Psig (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) voit Franck J. jeter quelque chose en direction de la maison.

Pris la main dans le sac, le quinquagénaire persiste à nier toute responsabilité avant de reconnaître des jets de billes de peinture, à cinq ou six reprises. « Mais je ne veux pas que ma femme soit impliquée là-dedans, sinon je vais la serrer l’autre connasse ! » indique encore Franck J. aux enquêteurs. À l’audience, il tente de donner une meilleure impression mais n’y parvient guère, en minimisant son comportement. « Je ne suis pas responsable de l’intégralité des faits, j’ai lancé des billes de peinture, jamais des œufs », affirme-t-il avec assurance.

Au-delà des sciences statistiques, qui rendent peu probable la présence de deux lanceurs de projectiles au même endroit, l’enquête des gendarmes a mis en lumière d’autres éléments à charge. D’après l’analyse de son téléphone, Franck J. est présent à son domicile à chaque fois que des dégradations sont commises. Et ses achats conséquents d’œufs dans la grande surface voisine ont étonné l’une des caissières qui a témoigné auprès des gendarmes. « Nous sommes cinq à la maison, ça ne représente pas une consommation anormale d’œufs », objecte Franck.

«Des empreintes digitales sur des coquilles d’œuf»

« Il n’y a jamais eu aucun autre suspect à part lui, remarque Me Mathieu Marlot, avocat de la victime. Il a sûrement pris beaucoup de plaisir à la voir régulièrement nettoyer son toit ou sa façade. » « Tout est excessif dans ce dossier, soupire le substitut du procureur, Hugo Sellier. C’est un rapport de voisinage qui a dérapé mais on a l’impression de voir le comportement d’un ado alors que le prévenu est âgé de 52 ans et travaille comme contrôleur à la RATP. » Pour la défense de Franck J., c’est le déploiement de moyens dans cette enquête qui semble disproportionné. « On est allé jusqu’à chercher des empreintes digitales sur des coquilles d’œuf, s’étonne Me Imed-Eddine Abderhim. Je demande qu’il soit relaxé pour le harcèlement moral, car il n’a reconnu que quelques faits, sur un laps de temps très court. »

Le tribunal l’a néanmoins reconnu coupable de l’intégralité des faits et l’a condamné à six mois de prison avec sursis probatoire. Il a l’interdiction d’entrer en contact avec la victime ou de paraître à son domicile. Il lui est également interdit de détenir ou de porter une arme et devra régler des dommages et intérêts à la victime, qui seront fixés ultérieurement.

Crédits image et texte : Le Parisien©
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