En Guyane, l’hôpital de Cayenne confronté aux plaies de l’insécurité

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Publié le 14/11/2022 19:09:31

Avec une circulation grandissante d’armes à feu, les urgentistes de Cayenne sont confrontés à un cadre de soins de plus en plus violent.

La scène s’est déjà déroulée et depuis, elle est constamment redoutée. Avec un scénario aux enchaînements bien connus des personnels de santé du service des urgences de l’hôpital de Cayenne (Guyane). Un patient gravement blessé est admis après une agression par arme à feu.

Arrivent les proches de la victime mais aussi, aux abords de l’établissement, se crée rapidement un rassemblement de personnes potentiellement malveillantes. « Cette difficulté à identifier qui est qui dans ces attroupements est très compliqué à gérer pour les équipes, explique le professeur Jean-Marc Pujo, chef des urgences. Ces scènes de violence dans l’hôpital compliquent notre activité au quotidien. »

Une colère qui reflète la situation d’insécurité grandissante dans la région française d’Amérique du Sud et, son corollaire, l’utilisation massive d’armes à feu.

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Comme le rappelle l’Agence régionale de santé locale (ARS), l’incidence annuelle de décès par arme à feu est de 6,3 décès pour 100 000 habitants. La Guyane est ainsi le département le plus touché de France. Dans l’hexagone, ce taux est de 2,7. Et si les décès par arme y sont majoritairement liés à un acte suicidaire, en Guyane, ils résultent d’une agression. Une violence qui touche les plus jeunes car 90 % des victimes sont des hommes de moins de 30 ans.

Bien sûr, la situation est loin du brasier du Brésil voisin qui enregistre, par an, un taux de 10,6 décès par arme à feu.

Pour autant, les autorités sanitaires travaillent pour aider les équipes à contrer cette pression sécuritaire. « Nous veillons à mettre à l’abri et le patient, et les soignants dont l’intégrité physique est régulièrement menacée. Ils ne peuvent pas bien prendre en charge le patient si le climat est délétère. Déjà, les personnels de sécurité ont été renforcés, aidés par exemple par la présence des détecteurs de métaux à l’entrée. »

De même, quand des actes d’agression sont constatés dans l’enceinte hospitalière, les services de la justice sont immédiatement saisis afin que « la sévérité répressive aide à sensibiliser la population au fait que l’hôpital ne peut pas être un lieu tolérant de tels comportements ».

Au regard des graves lésions causées par les armes à feu, les urgences appliquent une médecine de haute précision. De la radiologie interventionnelle est maintenant possible pour la prise en charge des traumas sévères. La neurochirurgie d’urgence est également opérationnelle. « Des soins spécifiques auxquels il faut ajouter le reste des prises en charge des 50 000 passages annuels aux urgences. » Avec les nombreux accidents de la route, la présence de maladies tropicales, les graves blessures sur les sites d’orpaillage en forêt amazonienne, l’admission de patients brésiliens ou surinamais en situation irrégulière, le service est soumis à une forte activité. Une médecine d’urgence dont les compétences guyanaises sont d’ailleurs enviées. Ainsi, depuis quelques mois, les urgentistes cayennais forment des confrères indonésiens confrontés eux aussi à des contextes de violence urbaine et de santé en milieu isolé.

Crédits image et texte : Ouest France©
Source : https://www.ouest-france.fr/region-guyane/en-guyane-l-hopital-de-cayenne-confronte-aux-plaies-de-l-insecurite-2c77b4d8-643f-11ed-9eef-273910f6f2a4