Biens mal acquis : un mandat d’arrêt international contre le gouverneur de la Banque centrale du Liban

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Publié le 16/05/2023 16:50:42

Riad Salamé est soupçonné de s’être constitué un riche patrimoine immobilier et bancaire en Europe, via un montage financier complexe et un détournement massif de fonds publics. Un mandat d’arrêt international a été émis mardi par la justice française.

Riad Salamé formellement mis en cause. La juge d’instruction française chargée de l’enquête sur le patrimoine européen du gouverneur de la Banque du Liban a délivré mardi un mandat d’arrêt international le visant, après son refus de se présenter à un interrogatoire à Paris.

Riad Salamé était convoqué mardi matin pour un interrogatoire en vue d’une éventuelle mise en examen. Son avocat a indiqué qu’il ne s’y était pas présenté car sa convocation n’aurait pas été faite dans les règles. Me Pierre-Olivier Sur avait indiqué qu’ « en ayant adressé la convocation moins de 10 jours avant la date prévue de l’interrogatoire, les textes n’ont pas été respectés. La convocation est donc caduque. C’est imparable ».

Une source judiciaire libanaise avait déjà indiqué lundi que le tout puissant gouverneur de la banque centrale libanaise ne devrait pas être présent à Paris, car les autorités du pays du Cèdre n’avaient pas réussi à lui remettre une convocation. Des policiers libanais se sont rendus pendant quatre jours consécutifs la semaine dernière au siège de la BDL pour délivrer la convocation, sans succès, a précisé cette source.

« Abus de droit »

Après ce refus de comparaître, la magistrate française avait deux options : reconvoquer Riad Salamé ou décerner un mandat d’arrêt. Elle a donc choisi la seconde, mettant en cause formellement Riad Salamé pour la première fois dans cette information judiciaire ouverte en France depuis juillet 2021. « Ce mandat d’arrêt qui se fonde sur une non réponse à une convocation hors délai est à mes yeux un abus de droit pur et simple », a réagi Me Pierre-Olivier Sur. Le Liban n’extrade pas ses ressortissants, mais il applique les décisions de justice étrangères les concernant.

A 72 ans, le gouverneur de la Banque centrale libanaise est soupçonné de s’être constitué un riche patrimoine immobilier et bancaire en Europe via un montage financier complexe et un détournement massif de fonds publics libanais. Il réfute ces accusations.

Depuis le début de l’année, des juges européens, incluant la juge française qui a émis un mandat d’arrêt international ce mardi, se sont rendus à trois reprises au Liban pour l’interroger ainsi que ses proches. Au moins deux mises en examen ont été prononcées dans l’enquête française : Anna K. une très proche de Riad Salamé, soupçonnée d’être l’une de ses prête-noms en France ; et Marwan Kheireddine, ex-ministre libanais et actuel patron de la banque privée al-Mawarid.

120 millions d’euros d’avoirs gelés

En mars 2022, France, Allemagne et Luxembourg avaient gelé 120 millions d’euros d’avoirs libanais soupçonnés d’appartenir au gouverneur de la BDL. La cour d’appel de Paris doit par ailleurs examiner le 23 mai la validité de saisies en Europe sur des biens qui appartiendraient à Riad Salamé.

« La large dérobade de Salamé est à la mesure de son cynisme et de son refus d’assumer toute responsabilité (...). Un jour ou l’autre, il sera arrêté », a affirmé Me William Bourdon, avocat de l’association Sherpa et du Collectif des victimes des pratiques frauduleuses et criminelles au Liban (CPVCL), parties civiles. L’avocat a aussi mis en cause « une obstruction systématique de certains magistrats libanais, en contradiction totale avec leurs obligations vis-à-vis de la France ».

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Source : https://www.leparisien.fr/international/biens-mal-acquis-un-mandat-darret-international-contre-le-gouverneur-de-la-banque-centrale-du-liban-16-05-2023-IE5BXJCIGNASJDGC66CUTLK5YM.php