Affaire Bigorgne : la plainte sur l’enquête, jugée partiale, dépaysée à Lille

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Publié le 06/01/2023 12:32:47

Le Canard enchaîné avait notamment affirmé que les enquêteurs n’avaient pas inscrit Laurent Bigorgne dans certains fichiers et que des policiers « se plaignaient que leur rapport de synthèse ait été retouché ».

A la suite de sa plainte initiale, sa victime, Sophie Conrad avait critiqué une enquête incomplète et des faits « sous-qualifiés », regrettant que le « motif sexuel n’ait pas été reconnu » par le parquet de Paris. Conséquence, mercredi, la Cour de cassation a décidé de confier à un juge d’instruction lillois la plainte déposée à Paris par la jeune femme et accusant les enquêteurs de la capitale de partialité dans leur traitement de l’affaire Bigorgne, selon un arrêt consulté ce vendredi par l’AFP.

L’ancien tout-puissant directeur de l’Institut Montaigne Laurent Bigorgne a été condamné début décembre à Paris à douze mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir drogué à son insu son ex-collaboratrice et belle-soeur, Sophie Conrad, lors d’une soirée en février dernier. Le tribunal correctionnel a retenu l’intention sexuelle.

L’affaire sera jugée en appel : Laurent Bigorgne a annoncé par la voix de son avocat Sébastien Schapira qu’il allait « immédiatement » contester cette « décision incohérente ».

Le Canard enchaîné avait ensuite affirmé que les enquêteurs n’avaient pas inscrit Laurent Bigorgne dans certains fichiers et que des policiers « se plaignaient que leur rapport de synthèse ait été retouché ». L’avocat de Sophie Conrad, Arié Alimi, avait donc déposé une plainte avec constitution de partie civile pour « obstruction à la manifestation de la vérité et faux et usage de faux ». Le parquet de Paris avait pris des réquisitions aux fins de non-informer.

La plainte transmise « dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice »

C’est cette plainte, qui met nommément en cause une magistrate du parquet de Paris et un responsable de la PJ parisienne, qui a été transmise mercredi à un juge d’instruction de Lille « dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice ».

Le premier procureur de France, François Molins, avait indiqué, dans sa décision de saisine de la chambre criminelle de la Cour de cassation, que rien de « précis » ne permettait « de présumer une réelle partialité subjective de la part des magistrats ou enquêteurs » parisiens.

Mais il estimait que « l’exigence de bonne administration de la justice commande » d’« éviter » qu’un magistrat instructeur n’ait à « procéder à l’audition de personnes avec lesquelles il travaille régulièrement ». « Les infractions commises par le parquet de Paris pour protéger M. Bigorgne et l’exécutif ne pouvaient faire l’objet d’une information à Paris », s’est félicité ce vendredi Me Alimi.

« Plus généralement, c’est le chantier de l’indépendance du parquet de l’exécutif qui doit impérativement être inclus dans le projet de réécriture du code de procédure pénale », lancé jeudi par le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, a ajouté le conseil de Sophie Conrad.

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