« Elle lui a pardonné et n’a pas peur de lui » : 5 ans de prison pour le mari dépressif qui avait poignardé sa femme

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Publié le 13/05/2023 11:25:53

L’homme, âgé de 68 ans au moment des faits, souffre d’une lourde pathologie psychique. Sa femme espérait qu’il ne retournerait pas en prison et pouvoir reprendre leur vie commune.

Il n’est pas banal que devant la cour d’assises, avocats des parties civiles et de la défense plaident dans le même sens dans une affaire de tentative de meurtre. Depuis mercredi, Joaquim, 73 ans, était jugé pour avoir, le 14 juin 2017 à Juvisy-sur-Orge (Essonne), poignardé à cinq reprises sa femme. Pourtant, depuis bientôt six ans, cette dernière demande à pouvoir reprendre la vie conjugale avec celui qui a failli la tuer. Ce vendredi soir, la cour et les jurés ont longuement délibéré, pendant cinq heures. Ils ont finalement condamné l’accusé, qui comparaissait libre, à cinq ans de prison avec mandat de dépôt, au grand dam de toute sa famille.

Le couple était marié depuis 45 ans quand le drame est arrivé. Joaquim est né dans une famille très pauvre au Portugal et a perdu sa mère à l’âge de 11 ans. Les drames familiaux se sont succédé, une grande partie de la famille étant touchée par des problèmes de dépression. Ses trois frères se sont suicidés, son père et sa sœur aînée ont été hospitalisés en hôpital psychiatrique, tout comme lui, au moins une fois. Si l’homme est décrit unanimement comme travailleur, honnête, discret et toujours prêt à rendre service, il est également dépressif, mais n’était pas suivi.

Une lettre d’adieu à leurs enfants

Six jours avant les faits, sur insistance de sa femme, il consulte le médecin de famille car il ne va pas bien, dort mal. Le médecin n’est pas psychiatre mais dit cependant à la sœur de l’accusé, qui le consulte ce même jour, qu’il craint la survenue d’un drame. « Depuis quelques jours, je n’allais pas bien. Je commençais à avoir des choses dans ma tête, explique Joaquim à la barre. Je pensais que ma femme me trompait, mais ça n’était pas vrai. Je voyais passer quelqu’un dans la rue et je pensais qu’il venait pour ma femme ou pour me prendre ma maison, mes outils. »

Le 14 juin, il fait mine d’aller faire une sieste en début d’après-midi, pendant que sa femme sort dans le jardin s’occuper des poules. Il écrit un mot pour ses enfants : « Mes enfants, soyez forts et unis. Pardonnez-moi ce geste, mais il faut que notre calvaire se termine. Moi, vous pouvez m’incinérer, votre mère, vous faites comme vous voulez. »

Il s’empare d’un couteau de cuisine de 12 cm et rejoint sa femme au poulailler. Il lui assène cinq coups de couteau. Cette dernière parvient à fuir. Réalisant à la vue du sang ce qu’il vient de faire, il appelle les pompiers et se tranche les veines. Avant à nouveau d’appeler les pompiers.

« Elle sera vigilante et les enfants sont très présents »

Il voulait se suicider et « la suicider », explique-t-il aux enquêteurs, mais regrette. Le premier psychiatre qui l’examine en garde à vue penche pour une abolition du discernement. Deux jours après, il est hospitalisé d’office en psychiatrie. Les autres experts qui vont suivre concluent également à une altération du discernement. Tous sont d’accord : au moment des faits, Joaquim était en plein délire, souffrant selon les uns ou les autres d’une grave dépression, de névrose, ou d’une psychose.

Pour sa femme, c’est clair, son mari n’était pas dans son état normal quand il a commis ce geste. Elle parle de folie et de délire. Depuis les faits, Joaquim est suivi et prend un traitement lourd mais efficace, il va bien. « Ma cliente a conscience qu’elle est victime dans ce dossier, et de la gravité de ce qu’il s’est passé, insiste Me Martine Vincente-Vetraino. Elle ne veut pas passer pour une femme soumise. Elle sait qu’elle aurait pu mourir. Mais la reprise de la vie conjugale ne lui fait pas peur. Elle a pardonné à son mari et n’a pas peur de lui. Elle le connaît depuis 50 ans. Elle sait qu’il y a un risque, que c’est une maladie qui ne partira pas et qu’il doit suivre son traitement. Elle sera vigilante et les enfants sont très présents. »

La famille en pleurs à l’énoncé du verdict

Ce risque, l’avocat général ne veut pas le courir et requiert une peine de neuf années de prison avec mandat de dépôt, puis un suivi socio-judiciaire de sept ans avec injonction de soins et interdiction d’entrer en contact avec la victime. À ces mots, certains membres de la famille se mettent à pleurer.

« C’est un dossier exceptionnel, mais je pense que la décision est facile à rendre, lance Me Damien Brossier, avocat de la défense. Je veux ce que la victime, leurs enfants et conjoints, leurs petits enfants veulent. Qu’il puisse rester en liberté et que cette liberté soit encadrée avec des obligations de soins. J’aimerais qu’on m’explique en fonction de quels critères ces neuf ans sont nécessaires ? »

« Ce n’est pas un criminel mais un malade »

L’avocat note que « les conséquences physiques sur la victime sont extrêmement faibles », car les coups portés l’ont été avec peu de force. Sur l’intention homicide, il revient sur la pathologie familiale dont souffre l’accusé : « Une maladie, on ne la sanctionne pas, on ne l’enferme pas en prison. On la soigne. Sans cette pathologie, il n’y a pas de 14 juin 2017. Elle est où la volonté, la méchanceté à sanctionner ? Il a commis un fait absurde contraire à toutes ses valeurs. Il ne l’a pas maîtrisé, mais a quand même retenu ses coups. Ce n’est pas un criminel mais un malade. »

Concernant un risque de récidive, Me Brossier rappelle que son client, après dix mois de détention provisoire, est libre depuis cinq ans et que rien ne s’est passé. Il a été accueilli chez sa sœur, puis ses enfants, sans voir sa femme, cela lui étant interdit. « En trente ans, ça serait la première fois, si vous ne me suivez pas, que l’on ferait pleurer la victime si vous l’envoyez en prison. Je vous demande de ne pas avoir peur, d’avoir confiance en ce que vous ressentez, confiance en cette famille », a conclu l’avocat.

À l’énoncé de la peine, la famille n’a pu retenir ses larmes. Me Brossier a annoncé son intention de faire appel.

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Source : https://www.leparisien.fr/essonne-91/elle-lui-a-pardonne-et-na-pas-peur-de-lui-5-ans-de-prison-pour-le-mari-depressif-qui-avait-poignarde-sa-femme-13-05-2023-SFHV3PCLIBEEVN55J6SS4GXVHE.php