« Drogue du violeur » : des témoignages, mais quelles actions ?

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Publié le 13/11/2021 08:06:07

Un appel à boycotter les bars et discothèques à Bruxelles, des manifestations en Belgique et en France. Face aux nombreux cas de soumission chimique, quelles initiatives peuvent être prises ?

Vendredi soir 12 novembre 2021, à Bruxelles, l’Union féministe intersectionnelle autogérée (Ufia) appelait à un boycott des bars et des discothèques, ainsi qu’à une manifestation. Et ce, à la suite de plaintes pour abus sexuels visant deux bars du quartier étudiant d’Ixelles.

Mais ces agressions sont évidemment loin de se cantonner à ce seul secteur. Ces dernières semaines, en Belgique, les témoignages de jeunes femmes agressées, après avoir été droguées, se sont multipliés sur les réseaux sociaux autour du hashtag #balancetonbar.

Des témoignages similaires ont été publiés en France : à Paris, Toulouse, Montpellier, Besançon, Brest… En cause notamment le GHB (l’acide gamma-hydroxybutyrique), surnommé la « drogue du violeur » dont l’usage criminel a été repéré depuis le milieu des années 1990.

Cette molécule est produite naturellement, en petite quantité, au niveau du système nerveux central. De manière médicamenteuse, elle peut être prescrite dans le traitement de la narcolepsie. Le GHB a un effet sédatif, il ralentit le rythme cardiaque et la respiration.

Mais s’il est mélangé à de l’alcool, ses effets peuvent varier selon le dosage et les personnes : euphorie, somnolence, sensation d’étourdissements, nausées… Voire coma et décès en cas de surdosage. D’autres substances sont aussi utilisées pour soumettre et agresser des personnes. Des tranquillisants notamment. Mais ils laissent des traces plus facilement détectables.

Le GHB a, lui, la propriété d’agir vite et d’avoir une durée de vie courte : entre six et huit heures dans le sang et dix à quinze heures dans l’urine. La possibilité de réaliser un test de ses cheveux, par des laboratoires spécialisés, est également possible, le GHB est alors détectable six à huit semaines après les faits.

Difficile, dans ces conditions, de savoir combien de personnes ont pu être victimes de soumission chimique. Dans sa dernière étude, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) recensait 574 cas en 2019, soit 112 de plus qu’en 2017. Parmi les victimes, une large majorité de femmes, mais aussi des enfants qui peuvent alors être victimes d’actes pédocriminels ou de violences.

Alors que faire ? Ces dernières années, des capuchons qui recouvrent le verre, empêchant d’y glisser de la poudre de GHB, sont apparus. Mais ils ne sont pas très utilisés. Plusieurs associations, dont Consentis, misent plutôt sur l’implication des bars et discothèques, et proposent de former leurs équipes à ce danger. Selon un sondage de Consentis, en 2018, 57 % des femmes déclaraient se sentir en insécurité dans les lieux festifs.

En 2018, la loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes a fait de l’usage de GHB, lors d’un viol ou d’une agression sexuelle, une circonstance aggravante. Le simple fait d’en administrer à une personne dans le but de l’agresser sexuellement constitue désormais un délit, même s’il n’y a pas viol par la suite. L’utilisation du GHB est punie de 5 ans de prison et 75 000 € d’amende.

Crédits image et texte : Ouest France©
Source : https://www.ouest-france.fr/faits-divers/agression-sexuelle/drogue-du-violeur-des-temoignages-mais-quelles-actions-394bf6ee-43be-11ec-8221-cbcea3ca8ebe